
Ananda Ranga Pillai (en tamoul ஆனந்தரங்கம் பிள்ளை ) est né à Madras en 1709 dans une famille de marchands fortunés. Très jeune, Ananda Ranga Pillai émigre avec son père à Pondichéry à l’invitation de Guillaume André d'Hébert, gouverneur français de Pondichéry où la famille poursuit ses activités commerciales.
À la mort de son père en 1726, Ananda Ranga est engagé à la Compagnie française des Indes orientales par le nouveau gouverneur Pierre Christophe Le Noir pour diriger une manufacture de tissus à Porto qu’il fit prospérer, en même temps que sa propre fortune.
La période suivante voit l’ascension sociale de Ananda Ranga Pillai, qui a gagné la confiance des gouverneurs de Pondichéry mais doit faire face à une féroce rivalité avec d’autres marchands indiens. Il fait alors le commerce de tissus, de fils, d'indigo et d'arachides avec Manille, Mocha et Mascareigne. Il possède son propre navire, l’Anandappuravi, qui effectue de longs voyages commerciaux en haute mer. Manifestation symbolique de ce parcours prodigieux : le mariage de sa fille Papal se déroule dans une splendeur toute royale.
La carrière de Ananda Ranga Pillai prend toutefois une toute autre tournure avec l’arrivée de François-Joseph Dupleix comme Gouverneur de Pondichéry en remplacement de Pierre Benoit Dumas. Celui-ci le nomme en 1747 au poste stratégique de chef des dubash de l’Inde française, fonction qu’exerçait son père jusqu’à son décès. Les dubash sont des agents commerciaux qui cumulent les missions de traducteur et d’intermédiaire entre les marchands indiens et européens.
Homme de confiance de Dupleix, il joue un rôle politique et économique très important à Pondichéry. Il reçoit ainsi des personnalités dont Mahé de La Bourdonnais, le grand rival de Dupleix, il supervise le paiement régulier des revenus, représente le gouverneur et parfois même statue sur des affaires criminelles.
Le rappel de Dupleix à Paris et son remplacement par Charles Godeheu en 1754 marque le début du déclin de l’influence de Ananda Ranga Pillai à Pondichéry. Il est finalement démis de ses fonctions pour raisons médicales et décède en 1761 quatre jours avant la reddition de Pondichéry.
Ananda Ranga Pillai fut donc tout à la fois commerçant, financier, diplomate et interprète. Sa pratique de quatre langues (tamoul, français, telugu et persan) et sa connaissance des usages en vigueur au sein des cours européennes firent de lui un intermédiaire majeur entre les Français et les sociétés indiennes au XVIIIe siècle.
Il est entré dans l’histoire par son journal personnel qu’il a rédigé en tamoul entre 1736 et 1760. Véritable chronique de la vie sur la côte de Coromandel au milieu du XVIIIe siècle, ce récit décrit le développement, l’apogée et la ruine de la présence française en Inde avec en particulier la description du commerce et des intrigues à Pondichéry (la corruption aussi), de la conquête française de Madras et des guerres carnatiques. C’est accessoirement, une des premières œuvres en prose en langue tamoule conservée.
En 1846, le journal d’Ananda Ranga Pillai a été exhumé des archives familiales dans un état décrépit par un érudit spécialiste de langues orientales, Gallois-Montbrun également conseiller au Conseil Supérieur de Pondichéry. Ce dernier a immédiatement entrepris de traduire le manuscrit en français. Mais c’est véritablement la publication, au début du XXe siècle, de la traduction en langue anglaise du journal qui popularisa l’œuvre. En 1948, parut à Pondichéry, l’original en langue tamoule.