| C'est la rentrée
Hé oui, maintenant que la saison des pluies tire à sa
fin, que le Tonlé Sap a bien débordé et que le
riz a été repiqué
c'est la rentrée
!

Depuis
le début du mois, les uniformes bleus et blancs égayent
à nouveau les rues, parcourent la campagne, pour aller remplir
les salles de classe. Reaksmey et Nita, les petites de ma Happy House,
ont recouvert leurs cahiers, et ont tiré la langue en y écrivant
leurs noms. La plus jeune, Pheakdey, a été accompagnée
par sa maman à l'école, pendant que Reuw, le papa, préparait
ses leçons de maths pour ses 6 classes de l'année - une
bagatelle de 300 gamins !
Le vélo, au cur de cette migration scolaire, se pratique
de façon à la fois hilarante et touchante : certains bouts
de chou pédalent sans pouvoir poser les fesses sur la selle,
d'autres optimisent : tu pédales, je tiens le guidon, pendant
que le cousin et la voisine rigolent depuis le porte-bagages.
Version paresseuse, les vélos sont parfois traînés
à vide par un moto-dop, ou bien s'accrochent au pare-choc d'une
navette de touristes. Les lycéens les plus fortunés font
eux ronfler leurs mobs rutilantes, les minettes ont re-sorti leurs longs
gants de satin pour ne pas noircir leurs avant-bras
tous à
l'école !
Evidemment,
le trafic s'en ressent, et aux heures de pointe, mieux vaut être
bien réveillé ! Surtout lorsqu'on approche d'une pagode,
car souvent, les écoles - laïques - se trouvent encore dans
leurs enceintes : subsistance d'un temps où la vie du village s'organisait
autour de son centre religieux
Et d'ailleurs, les bonzes font eux aussi leur rentrée ; toujours
drapés de safran, ils préparent la grande fête spirituelle
de la saison des pluies, Pchum Ben ou Fête des Morts. L'année
dernière, dormant au milieu des rizières, je n'avais pas
saisi toute l'importance de cette célébration, en particulier
de sa préparation
Alors que depuis une semaine, c'est toutes les nuits que je suis ponctuellement
réveillée à 4h, par le muezzin local, dont les mégaphones
m'abreuvent d'incantations en pali. Malgré tout le respect que
je porte aux bonzes, tout l'attachement que j'ai pour les Khmers, j'hésite
à aller finir la semaine dans un hôtel climatisé,
blindé, hermétique à toute manifestation indigène
!! Mais ne serait-ce pas pire de se retrouver au milieu de touristes pressés,
ne voulant surtout pas s'ouvrir à l'extérieur, désireux
de " faire " le Cambodge depuis la même chambre d'hôtel
que n'importe où ailleurs ? Je reste donc fidèle à
ma Happy House, à suivre la préparation des offrandes de
riz gluant et à écouter les chiens hurler après les
fantômes - car les chiens cambodgiens peuvent voir les esprits,
et eux au moins ils ne hurlent pas pour rien ! Je me dis juste que si
les morts sont nombreux à venir faire la fête mercredi prochain,
apogée du Pchum Ben, les boules Quies ne suffiront pas !
La rentrée politique n'est pas aussi bruyante que la rentrée
religieuse, mais elle est également haute en couleurs. Le Roi
hésite : abdiquera, abdiquera pas ? Rentrera, rentrera pas ?
Jeudi dernier, il a annoncé prendre sa retraite, et vouloir se
retirer à Siem Reap, dans le palais du
Roi (sic). Les
politiques commentent, certains en ville se demandent quand est-ce qu'il
quittera enfin la scène. Personne ne sait vraiment évaluer
l'impact d'un changement de Roi sur ce pays de structure maintenant
démocratique ; le Conseil du Trône, établi en 1993
pour définir les règles de la monarchie, n'a pas encore
décrit la succession royale ; c'est donc, comme dirait l'autre,
un peu
flou !
Et l'autre sujet du moment, l'organisation du procès des responsables
Khmers Rouges encore en vie, a de quoi mettre mal à l'aise, tant
sur son principe - quelles seront les personnes jugées ? l'administration
en place ne risque t'elle pas d'être juge et partie ?
-
que par son budget prévisionnel, plusieurs dizaines de millions
de dollars, que la communauté internationale est priée
de fournir. Récemment, le Programme Alimentaire Mondial (ou World
Food Program) a divulgué l'envergure inimaginable de l'escroquerie
qui pendant 3 ans a gangrené son aide aux Cambodgiens. Du responsable
ministériel au chauffeur de camion, des Khmers de tous niveaux
seraient impliqués dans le détournement de camions entiers
de riz, destinés à leurs compatriotes les plus pauvres
De quoi faire réfléchir aux modalités d'organisation
d'un procès pourtant capital pour le pays
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