En avril, la vie fourmille !  (suite)

Pour m'extraire un peu du bruit, je suis partie un dimanche profiter des connaissances d'une jeune archéologue allemande ; Alexandra vient tout juste de terminer sa thèse, consacrée à deux temples qu'elle connaît sur le bout des doigts. Elle y a tout étudié, mesuré, ce qui est encore debout comme ce qui est éparpillé sur le site. Extrêmement érudite, elle nous a commenté chaque linteau comme des images de bande dessinée, démêlant pour nous le réseau des influences indiennes sur l'art khmer de la fin du 10ème siècle. Et là où nous autres néophytes ne voyons qu'une sculpture léprosée, elle reconnaît la princesse de l'épisode 5 du tome 96 de la quatrième version du Ramanaya !! Journée épatante donc, tant par la beauté des sites que par l'enthousiasme communicatif de notre amie.
 
 


Alexandra devant son public attentif 

La princesse a certes perdu son stuc, mais pas son charme ! 

De rares inscriptions en sanskrit 

Lion fessu gardant rizières cramues 
(quand je vous dis qu'il fait
chaud .) 

Evidemment, je suis plus souvent à l'hôtel qu'aux temples, d'autant que je découvre les rudes semaines de 6 jours ! Mon quotidien est donc plutôt placé sous le signe du bois, de l'eau et de la végétation. Je suis toujours très occupée avec l'équipe des femmes de chambre : nous avons compté draps et serviettes, repéré toutes les fissures, identifié les meubles bancals et autres paquets de chips à consommer avant l'année dernière. La consommation de papier toilette est dorénavant suivie sur Excel, les procédures écrites en anglais et traduites en khmer... ça sent son ancienne consultante à plein (petit) nez. Heureusement, la réalité locale prévient tout risque de dérive corporatiste :
 

« C'est bien Sophie, ils sont jolis comme tout tes tableaux, et vraiment ce formulaire d'inventaire bilingue, ça va nous être très utile ; mais comment Rotha et Sormoeuy, qui ne savent ni lire ni écrire le khmer, vont-elles pouvoir s'en servir ?? »

« Sophie, Sokkhim voudrait te demander la permission d'arrêter de travailler. A partir de demain. Elle se marrie la semaine prochaine et sa mère souhaite qu'elle vive avec son mari après. Non, non, Sokkhim n'est pas d'accord pour arrêter de travailler. Elle ne pouvait pas nous le dire plus tôt, sa maman ne lui a annoncé son mariage qu'hier soir ! Toi, tu n'y comprends rien, mais tu sais, c'est souvent comme ça dans les campagnes cambodgiennes.»


Chaque jour, Vuthy, ma gouvernante-interprète, celle qui me ramène des mangues de son jardin, qui se faufile hors de l'hôtel prendre son petit-déjeuner au coin de la rue, Vuthy donc me conseille patiemment. Gentiment rusée, elle supporte mes accès de zèle avec la patience amusée d'une sage. Sa fidèle acolyte, Reaksa, trottine elle au gré des changements de housses et de parasols. Le tout parmi les clients, qui se font de plus en plus rares. Mon chef en a profité pour prendre des vacances, et j'ai donc joué à l'apprentie General Manager pendant deux semaines. Deux jours ont malgré tout été très chargés, et j'ai vécu mon premier 100% d'occupation en même temps que les premières pluies diluviennes ; il a fallu changer des gouttières, replacer des tuiles pour éviter que les chambres ne prennent l'eau. Depuis, les averses sont quotidiennes, mais il n'y a plus de fuite !

Voilà donc l'aperçu illustré de mon mois d'avril, la chaleur accablante en moins. Mai s'annonce très calme à l'hôtel, et je l'espère un peu moins suffocant ! D'autres balades alentour sont en vue, qui viendront alimenter le prochain numéro. D'ici là, n'hésitez pas à me donner de vos nouvelles. ;-)

  [Journal]
  [Projet]
  [Contact]
 

Cap sur l’Asie
: AngkorBaliThaïlande