Septembre en Khmérie ou les délices de l'eau.

Je commence effectivement à comprendre ce que peut être une saison des pluies ; remarquez, l'eau est plutôt chaude, et l'on sèche bien vite. Mais, contrairement aux japonais apparemment prêts à dépenser jusqu'à 200$ par jour au spa, je ne suis pas fan des bains de boue ; or qui dit pluie dit boue ! Ou encore douche toute habillée, lorsque les gros pick-ups traversent les énormes flaques sans aucune considération pour nous autres pauvres motocyclistes . 

Il y a évidemment des côtés positifs : je sais maintenant conduire une mob les pieds sur le guidon (sic), et maîtrise presque le repiquage du riz (re-sic). C'est d'ailleurs un spectacle magnifique que de voir tous ces petits dos courbés à la chaleur de midi, taper les bottes de riz sur leurs talons pour en sortir la boue (toujours elle), et les replanter minutieusement  sous le soleil de seize heures. Car ce sont bien évidemment les femmes et les enfants qui sont les moteurs de ce magnifique effort national. 

Mais c'est promis, cette année le Cambodge sera autosuffisant, dixit le ministre de l'Agriculture d'un gouvernement n'en finissant pas d'être en fin de vie. il n'y a en effet toujours pas eu d'accord entre les différents partis pour constituer le nouveau gouvernement, issu des élections de juillet dernier. Les querelles sont incessantes, les journaux en sont le relais public. Le Roi Sihanouk ne manque jamais une occasion d'y ajouter un peu de piment, dans un français châtié complètement suranné ; ses billets sont incompréhensibles et hilarants. Quelques incidents sanglants émaillent ci et là l'actualité, mais tous se félicitent de l'absence d'émeutes ; que sont en effet quelques militants, juges de paix et autres professeurs de droit dans la balance de la paix sociale ? De bien légers grains de riz ? De toutes façons, seuls deux grands Messieurs tirent les ficelles du pays : richissimes, impliqués dans toutes sortes de trafics, corrompus au-delà du concevable, oserais-je dire des bandits parfaits ? N'ayez crainte pour nos vertueuses démocraties, ils ne sortiront pas du pays : Interpol les accueillerait à prisons ouvertes !

Basta, laissons là ces deux comparses, politique et boue, et passons à autre chose, beaucoup plus exotique. mon mois de septembre. Je vous ai laissé en août ne sachant pas où j'allais passer l'automne. D'ailleurs, quel drôle de mot ici, où toute la gamme des verts possibles se déploie majestueusement ! Seule la boue (non, non, je ne fais pas de fixation ;-), seule la boue donc pourrait vaguement me rappeler les chaudes teintes du liquidambar devant la maison Vendéenne. 

Reprenons : je suis finalement restée à Siem Reap, désormais seule « Barang » du centre, toujours secondée par l'indispensable Mme Phalla - la Faiseuse de Crêpes de mon dernier bulletin. Je ne baragouine toujours pas Khmer : imaginez mon désarroi lorsque je dois expliquer à ma lingère, souriante illettrée, de séparer le blanc des couleurs (comme à la maison ;-) ou encore de ne pas frotter à l'énorme brosse la seule jupe à peu près mettable de ma garde-robe. D'autant qu'elle arrive très bien, elle, à me faire comprendre qu'elle voudrait ce t-shirt orange, la jupe que je porte et pourquoi pas non plus ce pantalon. Enfin, on rigole bien toutes les deux, mon linge survit aux mauvais traitements, alors pourquoi apprendre le khmer ? Je vois déjà les surdoués des langues parmi vous froncer les sourcils et me reprocher véhément ma flemme ; hé oui, je me découvre paresseuse, et je fais presque tous les jours la sieste, avec une pensée gentiment ironique pour les fourmis industrieuses qui parcourent les capitales de leurs costumes cravatés. 

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