Qui sont donc ces gens dont je partage la vie quotidienne ?

Au commencement est toujours l'inévitable décharge de Phnom Penh - d'ailleurs récemment mise à sac par la police, voulant sans doute prouver aux infiniment pauvres qu'ils avaient encore des choses à perdre. - le monstre donc, et certains de ses enfants, supportés par PSE et travaillant maintenant à Siem Reap. Pour eux, les accompagner dans leurs premiers pas professionnels, leur fournir un cadre de référence, maintenir un lien avec leur passé, l'association a créé un centre d'insertion à un jet de pierre des temples d'Angkor. 

Jolis bâtiments, non ? D'inspiration traditionnelle certes, mais rien à voir avec les cahutes qui parsèment les rizières avoisinantes, où vaches, buffles, cochons, poulets, enfants, chiens et parents pataugent de concert dans la boue. Les petites maisons sont pour le jardinier, qui est aussi maigre que sa femme est grosse, et les filles pensionnaires - car il n'est pas question qu'une jeune femme trilingue, ayant fait des études de secrétariat et gagnant maintenant150$ par mois, dans un pays où le salaire annuel moyen est de 240$, puisse prétendre à une quelconque indépendance. Hors le mari, point de salut ! Autant vous dire qu'ici nombreux ceux qui se font du souci pour moi. 

Le bâtiment principal abrite lui les cuisines, le réfectoire, les pièces communes, les garçons et filles de passage, le bureau, mon Nounou et moi : nous avons l'immense privilège d'une salle de bain privative, de toilettes en siège et des odeurs de graillon dès 5h du matin !

Le tout est entouré de rizières, car le centre est à quelques kilomètres de Siem Reap même ; habiter en campagne khmère est enivrant, c'est un  havre de tranquillité aux couleurs chaque jour renouvelées. Je vous concède le bruit du générateur - mais comment vous écrirais-je sans lui - les gloussements des zillions de crapauds buffles à la pluie tombée, les échos lancinants de (mauvaise) musique khmère, les vagissements impromptus des cochons que l'on égorge comme les hurlement des chiens essayant d'échapper au fourneau ; et d'ailleurs l'un des nôtres y est passé. l'avait trop d'gras c'pauv' bête ! 

Voilà le décor planté, équivalent local d'une bucolique campagne vendéenne, où les vaches traînent leurs squelettes en liberté, les bosquets sont de palmiers, et dont les tracteurs sont évidemment absents. L'Océan est juste un peu loin, et avec lui le vent rafraîchissant aux odeurs salines.

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