| Un dimanche de juin
à Siem Reap
Comment dire . ? C'est un dimanche comme vous en avez connu des centaines, tranquille, confortable, agréable, l'un de ceux dont l'après-midi se déroule entre apéro et porto... Tout a commencé par le chant des coqs, grands insomniaques - quelqu'un voudrait-il bien un jour se pencher sur le dérèglement chronique de l'oreille interne des coqs Khmers ? D'ailleurs, ont-ils seulement une oreille ? C'est comme le voisin, qui devant son karaoké beugle à tout le voisinage ses insupportables trémolos !! Non, mais vraiment, a-t'il seulement idée, celui-là, des nuisances sonores infligées à votre Vendéenne ? Alors ce matin, me faisant plus Khmère que lui, je me suis vengée. D'accord, je n'ai pas poussé jusqu'à chanter au micro (c'est qu'on a sa dignité tout-de-même, ma bonne dame - et puis j'ai pâs de micro moâ) mais Mozart, la Grande Sophie et Manu Dibango ont fait vibrer les murs ! Na, d'abord ! Et quoi de plus agréable que de petit-déjeuner à l'ombre de la terrasse, citron pressé, Requiem, beurre salé ? Le thé refroidi, mon inséparable carnet en main, j'ai fait le tour du locataire, bien déterminée à transformer ma Happy House en palace - enfin, tout est relatif ; disons plutôt que je commence à ne plus pouvoir supporter la vue de mes trois cartons. Alors, un meuble comme ci, un autre comme cela. et si les menuisiers pouvaient cette fois-ci choisir du bois qui ne gonfle pas avec l'humidité ? Car mon unique meuble, Mlle Armoire, ne peut plus fermer ses portes, déformation saisonnière oblige. Symptômes différents, mais cause identique, pour les terrasses : c'est une véritable révolution des planches, se libérant de leurs clous, explosant sous les effets conjugués de la pluie et du soleil. Exposé cliniquement, le bilan de santé de ma Happy House est préoccupant : les terrasses sont inondées, l'eau se faufile mesquinement sous les fenêtres, le plafond poreux se teinte d'inquiétantes auréoles. Si j'en crois les conversations de bar, la saison des pluies n'est plus ce qu'elle était : cette année, il pleut n'importe quoi, n'importe quand ; à n'y rien comprendre ! En attendant la prochaine saison sèche (dans 6 mois.), j'ai supplié mon adorable propriétaire de parer au plus urgent. Et encore, s'il n'y avait que la pluie. mais non, ma ménagerie n'en finit pas de grandir ; depuis peu, un chat, anonyme admirateur, me fait régulièrement l'offrande d'un poisson à peine digéré, tandis que sa souris me nargue en dansant la salsa au plafond, à l'abri des nattes qui masquent la tôle ondulée du toit. Lorsque l'une me réveille à 5h, et qu'en sortant je trouve les fourmis attablées autour du petit poisson pas frais, je vous assure que les clients n'ont qu'à bien se tenir. ;-) Heureusement, rien de tout cela ce matin, et c'est donc d'humeur joyeuse que j'ai décidé d'aller rendre visite à Mathieu et son chien Malraux. Mathieu, l'une des figures de Siem Reap, tient un restaurant en face d'Angkor Wat. Sa réputation le précède en ville et, comme il le dit lui-même : « Tu sais bien Sophie, qu'on fait ce qu'on veut chez moi. à condition que je sois d'accord !». Alcoolique dilettante, il mène sa vie de sexagénaire comme bon lui semble. Ses coups de gueule sont à la mesure de sa générosité, et lors de ma première visite, un déjeuner avec les « gars de l'hôtel », j'ai bien cru que j'allais me faire manger toute crûe ! Heureusement, j'ai eu l'heur de lui plaire, et nous avons même valsé sur Piaf - merci Papy de me l'avoir fait tant écouter ! Depuis, c'est presque comme à la maison : le chien, tout refluant des crocs, me fait la fête ; il y a du bon vin, des rillettes, les tables sont calées avec du bouchon, et les patates sont sautées à l'ail. Grand conteur, il m'a transporté sur un chalutier des Sables, me narrant un reportage photo réalisé il y a trente ans pour Géo. Après le café, et avec sa bénédiction, j'ai installé mon PC dans un coin pour vous écrire tranquillement. Mais gare à moi si j'oublie de lui ramener mojettes et jambon de pays de mon prochain voyage en Vendée ! J'en suis donc là de mon dimanche, ordinateur sous les doigts et pieds sur le chien, alors qu'il est à peine 11h chez vous. Il n'a pas encore plu, mais je soupçonne la pluie d'attendre que je sois sur la moto ; c'est tellement plus drôle ! Exactement comme la semaine dernière : une amie australienne, responsable du projet de conservation du temple Preah Khan, nous y a emmenés. Découverte des recoins cachés du temple, explications tout simplement érudites, à peine l'ombre d'un touriste à l'horizon : un vrai régal. jusqu'à ce que l'orage se mette à gronder, et que le vent se lève comme en pleine tempête de novembre ! Hésitations du groupe : attendre sous l'arbuste maigrichon ou bien braver les rafales ? La pluie elle se moquait bien de nos pauvres questions, elle allait nous détremper et voilà tout. Je vous laisse imaginer le regard effaré (et pour un Asiatique, ce n'est pas peu dire.) du concierge de l'hôtel Victoria quand il a vu débarquer trois capes de pluies ruisselantes, quémandant serviettes de piscine et chocolats chauds pour se réchauffer. Un joli souvenir, qui risque bien de se renouveler si je ne me décide pas à décoller de chez Mathieu - car ça y est, le vent s'est levé. Alors, vite, vite, trois mots pour finir cette narration dominicale. Je suis très occupée en semaine, non pas par les clients, mais toujours et encore par cette foutue pluie qui se faufile jusque dans les chambres Deluxe. Qui n'en sont plus vraiment quand ça goutte sur les lits ! Je peste alors contre les singes, les oiseaux, le vent, enfin contre tout ce qui a le pouvoir de déplacer les tuiles. Mais le grand moment du mois reste la découverte des termites qui, du jour au lendemain, se sont invitées, et sans réservation ni arrhes ! C'est notre grand jeu maintenant de les repérer avant les clients. Entre deux parties de chasse, j'ai pris le temps de parler à 200 candidates, en vue de l'ouverture du prochain hôtel. Ereintant, mais très intéressant ; d'autant que j'avais demandé à ma prof de khmer de m'apprendre les 10 phrases type : « Asseyez-vous, Mademoiselle, alors pourquoi voulez-vous êtes femme de chambre ? Vous habitez chez vos parents ?» J'avoue humblement que mon accent en a dérouté plus d'une, et que bien évidemment je n'aurais jamais pu faire passer les entretiens sans le secours de nos réceptionnistes, quasiment bilingues et absolument exceptionnelles. La pré-sélection faite, ce sont maintenant les propriétaires qui entrent en scène et qui vont décider ; l'occasion pour moi de mieux les connaître, et d'exercer ma patience : « Non, pas de garçon à l'hôtel, ils sont encore moins fiables que les filles. Et celle-là, trop d'acné, qu'elle revienne dans un an». Une fois le recrutement terminé, je m'attellerai à leur formation, tout en continuant j'espère à travailler mon khmer d'arrache-pied - car, n'ayons pas peur d'enfoncer une porte ouverte, c'est quand même rudement mieux quand on peut communiquer ;-) Déjà, je suis capable de me faire comprendre lorsque je cherche des machines à laver, avec double alimentation en eau et tout et tout, ou lorsque je me lance dans la création d'ensembles sur mesure. Car ici comme partout, je n'ai toujours rien à me mettre ;-) D'ailleurs, je me suis fait le luxe d'un saut de puce à la capitale, histoire de dévaliser les marchés ; je n'ai pas acheté de chaussures (me croira qui voudra), mais plus de 60m de tissu en tout genre, pour coussins, rideaux et autres petites jupes. Si ces dames ont des envies de soie, passez commande, les couleurs et textures sont variées et les prix. inégalés ! L'orage menace encore mais semble me donner encore une chance de rentrer à sec. je vous quitte donc, sur une touche inhabituelle - pardonnez mon manque de modestie, c'est pour vous montrer à quel point mes cheveux ont poussé ;-) ![]() |
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