Jour de mariage dans la province de Kompong Thom (fin)

Il est 9h, et le « bobo » du petit déjeuner est servi (petit aparté pour Mutti : rien à voir avec ceux du lapin ;-) C'est, évidemment, un plat de . riz, mais du riz différent, un peu rond, et c'est sucré-salé, au final pas mauvais du tout. Les enfants pauvres du village attendent patiemment pour finir nos assiettes. Ils me regardent de loin, s'approchent doucement... je me mets à imiter les animaux : « Cot cot cot codec, meuhhhhhh, groin-groin. », puis à siffler, rouler des yeux . ils rient tellement que j'en pleure mon mascara. 

Mais Ny me rappelle à l'ordre : « Allez, Sophie, arrête de jouer, viens par ici ! » « Comment ça, me faire coiffer et maquiller à nouveau ? Sans enlever la première couche ? Et c'est quoi tout ce gel dans mes cheveux, pourquoi je porte un casque maintenant ??? » 

« Ooh Ooh sexy la Miss Ny en vert !! Et si on re-posait pour une photo, juste avant le déjeuner ? » Car les incontournables chaises en plastique bleu et rouge nous attendent. Les mariés viennent de terminer leur n-ième hommage, les esprits ont mangé, fumé et bu toutes les offrandes. La musique traditionnelle a été remplacée par l'insupportable karaoké . c'est bon, on peut y aller : « Niam Bay ! A table ! ».

Autant vous prévenir, le savoir-manger khmer diffère très légèrement de ce que ma Môman à moi elle m'a appris à la maison : pas de serviettes, le rouleau de papier toilette trône dans une jolie boîte en plastique rose au milieu de la table. Chacun nettoie verre, couverts, bol et baguettes avant de commencer. 

Tout ce qui ne se mange pas est systématiquement jeté au sol, de la patte de poulet aux canettes. Il est d'usage de trinquer tous ensemble avant chaque gorgée de bière, et régulièrement de vider son verre cul-sec : « Pouah, c'est vraiment pas bon, non, non Monsieur, je ne le referai pas, même pas pour la caméra ».  Par contre, c'est comme souvent, les mariages favorisent les rencontres : mon voisin de droite s'est empressé de me demander mon nom, mon âge et mon statut marital, au Cambodge et en France (pas bête ;-). Apparemment satisfait, il m'a révélé avoir 47 ans, et être le chef de commune. « Euh non, c'est gentil, mais là, il faut que je rentre à Siem Reap ce soir. Et puis la photo, c'est pas vraiment nécessaire, regardez, vous ne tenez même plus debout». Pfff, je l'ai échappé belle !

Les invités partent bien vite, c'est l'heure de la sieste ; Ny nous propose une ballade à la plantation d'hévéas : « Bien sûr, mais j'enlève quand même ma robe, d'accord ? ». Tous dans le pick-up, 45 minutes de poussière rouge et de bonds. tout ça pour faire demi-tour à cause d'un camion embourbé ! De retour chez les mariés, un peu sonnée, j'enlève enfin le maquillage et les 35 épingles, essaye de débarrasser mes cheveux des deux bombes de gel. « Sophie, bonne nouvelle, il y a un bus qui peut te ramener dès ce soir ! » 

« Merci, merci pour tout Ny - bon alors, au mois de février à Paris ? » car Ny est depuis partie étudier à Nanterre. Des bises, des bises encore, au-revoir à toute la famille, et me voilà en route à nouveau. Cette fois-ci pour 7h de trajet, car « le bus, c'est plus lent, et du coup on a faim, on a soif et envie de faire pipi plus souvent, c'est bien connu ma bonne dame ! ». 

Allez, Miss Ny, sans rancune ; éreintée, mal maquillée, aucune importance : le Cambodge, c'est d'abord et avant tout le pays du . sourire ;-)

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