| Ma semaine à Siem
Reap
Et bien c'est simple, il me tarde d'y retourner ! Evidemment les temples d'Angkor y sont pour beaucoup, même si je n'ai fait que les survoler ; mais la ville aussi, indolente, calme et verte. Rien à voir avec la capitale ! A l'aube, le moto-dop « Joie de Vivre » m'a emmenée au bateau, dans des rues étonnamment calmes, hormis les coureurs en tongs, et les cyclo-pousses qui tombaient de leurs hamacs tendus entre le guidon de leurs engins et le lampadaire le plus proche. 5h de bateau donc, de cagnard malgré le départ matinal, en remontant le Tonlé Sap puis traversant le lac du même nom. Excellent voyage-sieste, avec longue pause sur banc de sable incluse - nous n'avons du notre salut qu'à la navette suivante ! Comme c'est la saison sèche, le lac n'atteint pas le port de Siem Reap, et il faut prendre une autre barquette, traverser le village flottant et longer un petit canal charmant - on se croirait presque en Venise Verte - avant d'accoster. Et là subitement on est écrasé par une nuée de moto-dops, aussi véhéments que l'odeur écourante des poissons fermentés - le prahoc, plat dont les Cambodgiens sont très friands et qu'ils comparent au fromage français ; autant vous dire que ce n'est vraiment pas pour moi ! Heureusement Sareth m'attendait et m'a vite tirée de ce mauvais pas, et par une route ombragée, longeant une rivière rafraîchissante, nous avons rejoint le centre PSE. L'ébullition y était à son comble, car en plus de la dizaine de jeunes travaillant à Siem Reap qui y sont hébergés, il y avait 25 étudiants de Phnom Penh en classe « éducative ». Et en dehors des (nombreuses) périodes de sieste, les jeunes cambodgiens sont assez péchus ! Très attachants aussi, comme j'ai pu le découvrir tout au long de la semaine. Nos principales rencontres : des officiers de police, en uniforme et décorations, fumant et buvant leur bière tout en expliquant les dangers de la dernière amphétamine à la mode, le yama ; un architecte passionné de l'Ecole Française d'Extrême Orient, qui a scotché les étudiants en leur parlant khmer du haut de ses 2 mètres ; un ancien lieutenant-colonel (l'histoire ne dit pas s'il était khmer rouge) reconverti dans le déminage intensif ; une Excellence invisible qui nous a fait poireauter bien au-delà de l'heure cambodgienne ; une prof apprenant l'alphabet khmer, oui khmer, en braille à ses élèves aveugles ; le chirurgien pédiatre suisse, musicien à ses heures au profit de ses hôpitaux, et grand pourfendeur d'organismes internationaux ; un manager du Grand Hotel d'Angkor - le palace des années 30 somptueusement rénové, ils ont même dû inventer des diffuseurs d'atmosphère désuète - terriblement nerveux à l'idée que nos étudiants puissent déranger la clientèle, mais tout autant désireux de les accueillir, however you'll understand that our customers do not want to be bothered, still I really want to do something for your students. Et comme le responsable du Centre en a profité pour lui partir se reposer à Phnom Penh, je me suis retrouvée avec Mme Phalla (1,45m, 39kg, 12 cm de talons) avec un pick-up en panne de radiateur malgré les 25 étudiants à transporter, un étudiant hospitalisé sans doute abusivement à nos normes, mais c'était ça ou le baume du Tigre avec apposition des traditionnelles ventouses, un gardien de nuit prenant son service fin saoul et 70 repas à préparer pour le samedi soir. Une semaine calme me dira t'elle, tandis que j'essayais de reprendre des forces sur 5 nattes superposées à même le sol et des zillions de mini-bêtes qui me tombaient dans l'oreille depuis leur nid du plafond. Par contre, le riz, ça vous retape une Barang (Français et par extension Blanc), sauf qu'à 6h du matin, les odeurs de tripes, la Barang a du mal. Siem Reap, c'est aussi un chantier permanent, les hôtels y poussent comme des champignons, et il y en a pour tous les goûts, même si la tendance est au kitsch - rien de nouveau. De vieux bâtiments coloniaux ponctuent certaines rues, et abritent le Lounge Bar, le Dead Fish Café, petits bouts de nuit londonienne. Les marchés sont légion, et sentent le poisson - l'argent s'y échange tâché de sang et d'écailles. Les buffles dans les rizières asséchées voudraient bien croquer de la fleur de lotus, mais les enfants veillent au grain : les fleurs sont très recherchées pour servir d'offrande ou de décoration, et les graines pour leur goût mi-fève mi-noisette. Offrandes eux aussi, de minuscules oiseaux sont vendus vivants devant les pagodes ; regarder trois générations de femmes d'une même famille se concentrer sur ces petites boules, leur confier leurs espoirs avant de littéralement les relancer en vol fut un très joli moment. Siem Reap c'est enfin (et surtout ?) la porte d'accès au site d'Angkor et à ses multiples temples. Je n'ai fait que les affleurer, pourtant la magie a déjà opéré. C'est époustouflant, incomparable, du moins dans ma modeste expérience, et j'ai l'impression que l'on pourrait y passer une vie entière sans pouvoir en faire le tour. Les tons oranges du soleil couchant sur la pierre rosée des temples valent à eux seuls le voyage - que dire alors de la finesse des bas reliefs au Bantea Srey, de l'infinie sérénité qui émane des visages sculptées, de l'imposante succession de cours d'Angkor Vat, des sculptures du lit de la rivière de Kabal Spean ? C'est sûr, j'y passerai énormément de temps. surtout si j'arrive à m'affranchir des 20$ de frais de visite journalière ! Je vous passe les détails du voyage de retour en pick-up bondé, 7h30 pour faire 300km, ça vous donne une idée de l'état de la route. Fourbus, poussiéreux à en changer de couleur, heureux de leur séjour et de retrouver leurs proches, les étudiants sont rentrés chez eux : direction. la décharge ! |
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