Découverte, découverte

Ce soir la bouteille de Bombay Sapphire a rejoint le rang des cadavres, après de bons et loyaux Gin-To'. avis aux gentils donateurs, car sinon la bière locale, évidemment nommée Angkor, est un peu rude pour les neurones ! Donc dans un prochain hypothétique colis, merci de mettre une grande bouteille bleue, cet expresso qui me manque tant, et plus que jamais une tonne d'air frais : avril approche à grand pas, et avec lui les températures maximum. Un peu de biafine aussi, car j'ai bien peur d'avoir fait l'Anglaise de base le week-end dernier au bord de la mer (sorry Fifi ;-) et d'avoir dévalisé la réserve de l'infirmerie au retour. C'est un comble quand on sait que le maillot deux pièces n'est vraiment pas de rigueur (je me suis baignée toute habillée, une première), et que les femmes ici ont au contraire une trouille farouche de bronzer : elles conduisent leurs mobs avec de longs gants de satin, et les plus fortunées peuvent acheter la gamme complète des produits « Whitening » de Nivéa au supermarché pour expat' du coin, le bien-nommé Lucky Supermarket.

Week-end en bord de mer donc, à Kompong Som ex Sihanoukville, avec une douzaine de pensionnaires du Centre PSE. Elles sont une 60aine en tout, à être protégées de mauvais traitements déjà subis ou anticipés. C'est peut-être parce qu'elle a été ébouillantée de nombreuses fois que Pisey n'a pas pu dépasser sa peur de l'eau ? Malgré tout, elle a joué avec les autres sur la plage, oubliant les multiples cicatrices qui lui scandent le corps comme autant de noirs chapitres. Et toutes, le temps d'une danse traditionnelle, se sont transformées en superbes Apsara, aux sourires enchanteurs et aux mains courbes envoûtantes. avant d'éclater de rire et de parodier une chanson moderne, comme dans ces programmes de karakoé supra kitsch que déversent sans fin les télés cambodgiennes. 

Le kitsch semble d'ailleurs être érigé ici en mode de vie, de la décoration des maisons neuves aux rambardes clinquantes, aux couleurs primaires des photos officielles, en passant par la décoration nocturne des tombes illuminées comme des arbres de Noël, avec spots verts et guirlandes clignotantes. Quelques maisons traditionnelles échappent au mauvais goût ambiant, toutes en bois sur leurs maigres jambes de pilotis, mais il faut les chercher. La palme pour l'instant revient à une reconstitution hilarante de la grotte de Lourdes, protégée par un faux sapin tout enguirlandé, le tout par 40 degrés et sous l'oil bienveillant d'un bouddha local. Le mélange des genres n'a pas frappé les quelques pensionnaires non catholiques qui ont tenu à y poser plutôt que d'aller à la messe - il faut dire que PSE doit rassembler 80% des jeunes catholiques de la capitale, et lorsque le cynisme pointe son bout de nez, je me demande si l'association est bien aussi apostolique qu'elle se présente .

Côté boulot, je termine ma période d'intégration. et vais bientôt présenter mon premier délivrable!! Si si, c'est bien vrai, puisque le fondateur a voulu profiter de mon expérience préalable (sic) et de mon oil naïf pour me faire établir un . diagnostic organisationnel. Je vous passe les quelques heures de « c'était bien la peine de faire tout ce trajet » et autres « ah ces xxxxx de clients » que cela m'a inspiré au début. Ensuite, j'en ai profité pour patiemment écouter les Cambodgiens pour lesquels tout va toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes, aussi flagrantes que leurs difficultés quotidiennes puissent être, et les expatriés, qui eux se débattent pour échapper aux coups de gueule des fondateurs, complètement parano et encore plus mégalo. En parallèle je donne un coup de main à l'organisation du premier Forum des Métiers qui se tiendra en mai prochain, événement pour l'instant inédit au Cambodge : avec 5000 étudiants et une 20aine de sociétés en situation quasi-réelle (construction d'un mur, réparation de voiture, réservation de voyages à l'autre bout du monde, salon de coiffure.), on espère susciter des vocations au-delà du chauffeur de moto-dop à 1$/jour ou de l'ouvrière textile à 20$/mois. A condition bien sûr de trouver la ou les poules aux oufs d'or qui voudra bien financer le projet. affaire à suivre !

En parlant d'animaux, le mot de la fin revient aux cafards qui depuis quelques jours ne me lâchent pas d'une semelle de tongs. D'un malheureux centimètre lorsqu'ils batifolent sur mon lit, et du coup emplissent mes cauchemars, ils passent à un bon petit doigt lorsqu'ils veillent à ma toilette. et ce soir au marché, ils étaient laqués jusqu'au bout des antennes et attendaient de croquer sous la dent de quelque imprudent. Je n'ai pas demandé le prix de ces Delicatessen, je préfère le menu salade grecque, canard à l'orange et crème brûlée pour 1$ le midi en semaine . qui a dit que c'était dur l'humanitaire ??? 

Allez, Lir Haoy et à très bientôt avec de grosses bises - en espérant que vous alliez tous au mieux ! 

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