|
|
Les
Masaïs
vus
par
Karen
Blixen |
Nomades
«
Je pris la direction de la Réserve masaï. (...) On n’appercevait
pas à l’horizon d’autre habitations que les manyattas des Masaïs,
encore étaient-elles vides la moitié de l’année, quand
les Masaïs, qui étaient de grands nomades, emmenaient leurs
troupeaux à la recherche de nouveaux pâturages. »
Le
‘chic’ Masaï
«
Les jeunes Masaïs sont très beaux: ils ont une allure et un
‘chic’ inimitables; aussi audacieux et aventureux qu’ils soient, il faut
reconnaître qu’ils sont fidèles autant envers eux-mêmes
qu’envers l’idéal qui leur est inculqué. Leur manière
n’a rien d’artificiel, il n’est pasquestion pour eux d’imiter un modèle
étranger:leur attitude correspond à leur nature profonde,
elle est l’expression même de leur race, d’une race qui s’est constituée
et affirmée tout au long de leur histoire.
Armes
et bijoux, chez eux, sont aussi inséparables de celui qui les porte,
que la crinière du lion ou les cornes du buffle. Kabero avait adopté
la coiffure des Masaïs; il portait les cheveux longs et tressés
autour d’une cordelière et leur natte se terminait par une sorte
de queue. Une lanière de cuir lui barrait le front. Il avait aussi
le port de tête caractéristique et le menton levé des
Masaïs. On dirait toujours qu’ils vous présentent sur un plateau
leurs beaux visages dédaigneux et arrogants.
Kabero
se tenait tout droit devant moi, le maintien raide, avec l’attitude à
la fois passive et insolente des Masaïs, qui se laissent admirer et
regarder comme des statues qui ne voient personne.
Les
jeunes guerriers masaïs se nourrissaient presque exclusivement de
lait et de sang. Peut-être est-ce à ce régime qu’il
faut attribuer l’étonnante finesse et la qualité soyeuse
de leur épiderme ?
La
peau de leur visage aux pommettes saillantes, à la machoire proéminente,
est lisse et ferme sans un pli, tendue comme la peau d’une balle. Leurs
yeux sombres qui ne voient rien ni personne sont enfoncés dans leurs
orbites, comme deux pierres incrustées dans une mosaïque; d’ailleurs,
tout chez le Masaï a le fini et la dureté de la mosaïque.
Les
muscles de leur cou sont impressionnants; ils saillent aussi menaçants
que ceux du cobra, du léopard ou du taureau. La virilité
qu’ils dénotent est si agressive, si provocante, que les Masaïs
paraissent toujours plus ou moins en guerre avec le genre humain, les femmes
exceptées.
L’opposition
ou peut-être l’harmonie profonde de leurs visages arrogants et lisses
qui surmontent des cous épais et des épaules magnifiques,
avec leurs hanches étroites, leurs cuisses maigres et ramassées
et leurs longues jambes musclées, fait toujours songer à
quelque bête de race, qu’une discipline de fer aurait entraînée
à la rapacité et la férocité.
Les
Masaïs ont une démarche très particulière: ils
se tiennent très raides et posent leurs pieds, qu’ils ont très
fins, l’un devant l’autre. La raideur de cette démarche frappe d’autant
plus que les mouvements des bras et des mains sont souples et gracieux.
»

|