voyages non conventionnels avec Gregory Buchakjian & Patrick Kassardjian de Baron & Baron

Interview de Gregory Buchakjian & Patrick Kassardjian

Commençons par le commencement: pourquoi un nom de site pareil (Baron & Baron NDLR) ?

Gregory & PatrickEn arménien, « Baron » signifie « monsieur ». Nous sommes tous deux (Gregory et Patrick) d'origine arménienne et, depuis l'époque où nous étions lycéens, on nous appelait et nous nous appelions mutuellement "Baron". Le nom « Baron & Baron » est venu tout naturellement dans le titre d'un récit de voyage en Allemagne, bien avant la création du site.
A propos du nom, il y a une petite anecdote: Nous avons découvert ultérieurement l'existence d'un autre « Baron & Baron »: l'agence d'un directeur artistique français installé à New York. Le monsieur, une des stars de sa profession, s'appelle Fabien Baron. Dans une interview, on lui a demandé pourquoi sa boite portait ce nom et s'il y avait un 2e Baron. Il a répondu qu'il était le seul Baron à bord, et qu'il avait choisi le nom « Baron & Baron » parce que ça sonnait bien. Il est arrivé que des internautes nous contactent en croyant s'adresser à lui.

Une collection de carnets de voyage ou bien un portail de voyage ?

Les deux.
Une collection de carnets de voyages avant tout. Les notres, et puis ceux de nos amis voyageurs, comme Aline et Philippe qui nous ont enrichi le site avec leur périple en Amérique Latine...
Le portail s'est construit plus tard autour de 4 thèmes: Les sites de voyages (comme le notre et le votre), c'etait pour faire notre sélection. Il y en a des milliers sur le net, et peu sont vraiment credibles. L'hôtellerie et les compagnies d'aviation, c'etait pour remplir un vide et proposer des répertoires assez fiables. Et les sites d'art et de civilisations, c'est un peu comme pour les sites de voyage. Faire le ménage et poposer un choix de liens sérieux. Etant prof d'histoire de l'art (Gregory), je suis suffisament bien placé pour voir les internautes (en l'occurence mes étudiants) dériver sur des pages totalement débiles et en prendre le contenu comme une parole d'évangile!

Comment est né le projet (qui, quand, quoi, comment, où) ?

Il y a deux projets, les voyages et le site.
Au commencement étaient les voyages que Patrick, alors étudiant en architecture à Genève, organisait avec des amis. Le concept était de parcourir l'Europe autrement, d'où l'idée de « voyages non traditionnels », avec les meilleures adresses possibles pour un budget serré. Ça touchait au culturel, au cullinaire, aux endroits de charme et à l'aventure. De retour à Beyrouth, en 1995, Patrick embarque Gregory dans un voyage en Syrie et c'est la naissance de Baron & Baron avec des week-ends en petit comite, puis des projets beaucoup plus ambitieux comme celui du Vietnam lors du passage de l'an 2000.
Gregory s'est chargé de rédiger les carnets de route. En 1999, nous avions fait un voyage de fous en Jordanie avec 48 personnes. Il avait fallu ensuite photocopier le récit en 48 exemplaires! C'est alors qu'est venue l'idée de le mettre en ligne. Nous avons ouvert un compte chez Geocities. Et le site a commencé à grandir. En plus des recits, nous avons introduit des pages plus specifiques, comme les city guides.
Entretemps, nous avons acheté, sur les conseils d'un copain alors dans les start-up, le nom de domaine (www.baronbaron.com) et déménagé le site à son emplacement actuel.

Dans votre site, il y a pas mal de référence au cinéma ou à la littérature. C'est important pour vous ?
Le cinéma et la littérature sont des formes de voyage, avec des images et des mots. C'est un excellent complément à la découverte sur le terrain. Avant le départ, c'est une invitation, une préparation avec une recherche importante, après le retour, c'est une manière de revivre le voyage à travers l'expérience d'autrui. Certains films (comme Baraka de Ron Fricke) et livres comme (comme Un barbare en Asie de Henri Michaux) ont largement pesé dans notre passion pour l'aventure. Il y a aussi dans notre bibliographie la section « Art & Architecture », très importante dans l'approche que nous avons d'un pays, vue notre sensiblité pour les espaces et les visuels.
Les ouvrages et les films que nous citons peuvent permettre d'avoir des regards créatifs et variés sur les destinations. Nous essayons aussi, dans la mesure de nos connaissances, de donner un maximum de place à la production locale (par ex. nos petits dossiers sur le cinéma tunisien, la BD au Liban ou Bollywood...) qui est un aspect très important dans la culture contemporaine de chaque pays.

Vous venez de sortir un dossier sur l'Inde avec de nombreux contributeurs. Comment un tel projet nait-il ?

L'Inde est effectivement devenue le poids lourd de notre site. C'est probablement la destination qui nous a le plus marqués. Il suffit de lire un livre comme Fous de l'Inde de Regis Airault pour savoir pourquoi.
Le dossier Inde sur notre site s'est construit petit à petit, au fil des voyages. Le dernier (du Gange au Bengale, decembre 2003) a sans doute produit le plus d'inspiration. Tous les participants ont donné des contributions photograhiques et / ou écrites. Nous devons ainsi un des plus beaux récits que nous ayons sur le site à Claude Abou Chedid qui est un peu devenue le 3e baron du groupe.

Vous êtes libanais et paradoxalement, la section Liban est assez light...

Bien vu... C'est peut-être plus facile de décrire un pays étranger que celui dans lequel on vit. Ça fait 5 ans que nous préparons une page sur Beyrouth, mais nous avons tant de choses à dire que nous ne savons pas par où commencer. Nous avons vécu en France et en Suisse, et aucun de ces pays ne figure sur notre site.
Outre le manque de recul, il y a les impératifs du temps. Quand nous faisons un voyage, nous devons boucler le récit avant le prochain départ...

Qui visite votre site ? Quel genre d'emails recevez-vous ?

Notre public est assez hétéroclite en matière d'âges et de centres d'intérêts. Les français sont largement majoritaires (près de 45% des visites) suivis des canadiens, belges et suisses. Nous avons pas mal de libanais et de tunisiens. Ces derniers ont la plume facile et nous écrivent assez souvent. Nous avons reçu des mails de pays inattendus comme la Papouasie-Nouvelle Guinée et le Swaziland.
Parmi les internautes qui s'adressent à nous, les plus nombreux sont ceux qui preparent un voyage et qui cherchent des infos particulieres ou des suggestions de parcours. Certains s'imaginent que nous sommes une agence de voyage, et nous demandent des brochures, d'autres croient que nous sommes le site officiel du palais des doges et veulent réserver leurs billets d'entrée. Parfois, des voyageurs nous contactent pour nous avertir du changement de certaines infos pratiques (un restau de Hanoi qui a fermé...) ce qui est très appréciable.
Il y a des gens qui font des recherches sur des sujets liés avec le contenu site. Ça va de l'écolier qui cherche à boucler un devoir d'histoire géo à l'étudiant en 3e cycle qui fait une thèse sur la représentation des instruments à cordes dans les tentures flamandes conservées au musée de Vienne!
Il y a enfin ceux et celles qui ont des choses à nous raconter, commenter nos textes, s'insurger contre la description que nous avons fait de leur ville, ou au contraire s'en feliciter. Et d'autres nous parlent de tout et de rien ou se demandent qui nous sommes... C'est de loin les messages les plus amusants à lire.

Quels sont les prochains projets: côté voyage ? et côté site ?

Le grand projet à venir de Baron & Baron est le Cambodge que nous nous réservons pour la fin de l'année. Ce pays nous attire depuis longtemps et nous avions du remettre ce voyage à plusieurs reprises à cause des dérapages du monde (attentat de Bali, SRAS, guerre en Irak...). Ce voyage sera évidement suivi d'un important dossier sur baronbaron.com. En attendant cette grande aventure, le site continuera de s'enrichir des nouvelles dépêches. De nos contributeurs habituels, nous aurons un carnet de route au Sri Lanka, des nouvelles pages syriennes et un récit tout à fait inhabituel dans un hammam d'Istanbul. Nous préparons également un city guide consacré à Dubai, une ville tentaculaire que certains disent artificielle et éphémère et que d'autres encensent comme un modèle de réussite urbanistique.

  • Baron & Baron

Baron & Baron

Baron & Barion
par Gregory Buchakjian & Patrick Kassardjian
Juillet 2004
www.baronbaron.com
(le site semble avoir été mis en sommeil)

Calcutta, Inde
Kolkata (Calcutta), Inde, 27 décembre 2003
Après 22h de train en 3e classe depuis Bénarès, nous sommes arrivés à la gare d'Howrah, la plus grande d'Asie. Cette photo a été prise depuis le taxi, sur le pont éponyme reliant la gare à la métropole.
Nicosie, Chypre
Nicosie, Chypre, 22 septembre 2003
La dernière capitale divisée. Au 1er plan: des barbelés, au fond: un mur fortifié du camp adverse avec trois meurtrières. Il était strictement interdit de prendre des photos dans cette zone militaire. Certaines de  nos images de la ligne verte ont été publiées par la presse à l'époque du référendum (avorté) sur la réunification de l'île.
Turquie
Gaziantep, Turquie, 4 mai 2002
Gaziantep (autrefois Aintab) est la ville dont sont originaires les deux Baron. Alors que nous déambulions dans l'ancien quartier arménien, Elda, Léa et Zeina ont posé dans le reflet de la devanture de cet atelier de photo.
Saigon, Vietnam
Ho Chi Minh Ville (Saigon), Vietnam,
le 28 décembre 1999
En arrivant de l'aéroport, après 12h de vol, nous passions devant le Musée de la Révolution dans les jardins duquel se déroulaient des prises de photos pour des robes de mariées. 
Berlin, Allemagne
Berlin, Allemagne, le 26 décembre 1998
C'est depuis un S-Bahn (train urbain, équivalent du RER parisien) que nous avons eu cette vision du Reichstag entouré de toutes ces grues. Berlin était alors un gigantesque chantier de (re)construction.