Raï is beautiful

En Tunisie, comme dans bien des pays arabes, la musique raï est omniprésente…

Manière d’être, de sentir, de dire et de lutter, le raï est plus qu’un genre musical : le substrat d’une culture bigarrée et une ode à la joie de vivre.

Cette musique est née au Maghreb, dans la région d’Oran, aux confins parfois orageux de la vie coloniale et de vieilles traditions lyriques arabo-hispaniques. Les premiers noms illustres du genre sont nés avec le siècle. Aux terrasses des cafés de la ville, les guitares font résonner un entêtant « chant de la soumission ». La revendication nationaliste s’immisce en cette défense et illustration de la langue arabe. 

Lors des fêtes, des chanteurs, poètes et conteurs, les chioukhs, accompagnent les textes classiques du chant bédoui et de la vieille tradition populaire arabo-andalouse. C’est ainsi que, les chikhates, ces femmes musiciennes qui chantent pour un public masculin les passions clandestines de leur vie, leurs tentations d’alcool, leurs blessures d’amour et leurs rêves. 

Le raï contemporain doit tout à cette musique : l’audace thématique, la gestuelle, les intonations, le phrasé, la gaie mélancolie de leurs mélopées... 

Les années 60 virent une radicalisation des textes dans lesquels venaient se bousculer les thèmes tabous du sexe, de l’alcool, et de la fête. Une décennie plus tard, une nouvelle génération de chanteurs de raï débarquait sur la scène algérienne et avec elle, une évolution technologique importante : d’un côté l’introduction d’instruments électriques ou électroniques, guitares ou synthés, de l’autre la mise sur le marché des cassettes audio qui simplifiaient l’écoute musicale. 

A l’aube des années 80, le raï est l’expression évidente de la rébellion d’une certaine jeunesse algérienne qui refuse l’immobilisme de la société de leurs pères. Les cheb et cheba (jeunes) chantent leur appétit de vivre dans une langue peu conventionnelle et font revivre d’une certaine façon et à leur manière, l’esprit du rock américain, entre provocation et anticonformisme.