Juan Luis Guerra est-il un génie ?
par Raphaël

« Au point où l’on en est, n’importe quel analyste pourrait se demander si Juan Luis Guerra a vraiment du talent ou bien si c’est la somme d’une grand quantité d’influences bien organisées ajoutées à de l’habileté technique et beaucoup d’information. La réponse est simple: Bien sûr. Quelle question!

Juan-Luis GuerraLa musique pop ou populaire si l’on veut- se fabrique avec des génies qui réussissent à être perméables à leur société, à leur temps. Donnons quelques cas: Gershwin, Duke Ellington, Miles Davis, les Beatles, Benny Moré, Bob Marley... je dois continuer? D’accord: les Sex Pistols, Camarôn, Cachao, Paco de Lucia, James Brown et Chano Pozo. (Aucun d’eux ne créa de musique chimiquement pure, tous partirent d’une tradition antérieure et tous renouvelèrent le langage de leurs styles respectifs, quelques-uns grâce à leur habileté instrumentale, d’autres les punks) grâce à tout le contraire.

Cela dit, il faut se souvenir que la tournée de « Areito » de 1993 fut l’expression musicale la plus brillante et riche qu’il fût donné de contempler en Europe en de nombreuses années (tout cela, sans arrêter de faire danser le  public). Et on est en train de parler de tout type de musiques. En fait, Peter Gabriel, David Byrne et Santiago Auserôn ont fait taire leurs inquiétudes musicales en créant des maisons discographiques dédiées aux musiques chaudes, ce qui est la meilleure façon de justifier -intellectuellement- le fait qu’on ait besoin de ces musiques pour garder un message dans le marché du rock. 

Juan Luis ne recourt pas cela: il se nourrit de musiciens populaires mais, à la différence des étoiles du rock, il peut imaginer les musiques dans sa tête et les exécuter. Son rôle de créateur lui confère une responsabilité de plus: savoir que son travail affecte le futur du merengue et qu’il doit continuer à surmonter les problèmes. Quand sortit « Amor de conlico », on me dit que jamais on ne pourrait danser un merenge lent et je répondis: Alors, ne le dansez pas. je crois que nous devons toujours aller de l’avant, prendre nos responsabilités: Si ça ne se vend pas? Et bien, ça ne se vend pas! Mais... si ça se vend? »