Ernest Hemingway
Les Masaïs
vus par
Ernest Hemingway

Pays rouge

« Et, en face du camp, il y avait un village indigène, sale et poussiéreux. Le sol était rouge et érodé et semblait s’envoler et le camp fut dressé par un grand vent sous l’ombre maigre de quelques arbres morts au flanc d’une colline surplombant  un petit ruisseau et le village de boue. »

Les Masaïs sont nos amis

« Cétait le plus beau pays que j’aie vu, mais nous continuâmes notre route, à travers les grands arbres sur le sol mollement ondulés. Puis, en avant et sur la droite, nous vîmes la haute palissade d’un village masaï. C’était un très grand village et il en sortait en courant des hommes bruns, aux longues jambes, aux gestes souples qui semblaient tous être du même âge et portaient leurs cheveux tressés en une sorte de lourde queue en forme de massue qui battait leurs épaules pendant qu’ils couraient. Ils atteignirent la voiture et l’entourèrent, tous riant, souriant et parlant. Ils étaient tous grands, leurs dents blanches et saines, et leurs cheveux étaient teints en brun rouge et disposés en frange bouclée sur leur front. Ils portaient des lances et ils étaient très beaux et extrêmement gais, ni maussades ni méprisants comme les Masaïs du Nord et ils désiraient savoir ce que nous venions faire. 
(…) Je dis à Kamau de partir et nous les poussâmes lentement, tandis qu’ils riaient et essayaient d’arrêter l’auto, presque au risque de se faire écraser. C’étaient les gens les plus grands, les plus beaux, les mieux bâtis que j’eusse jamais vus et les seuls être vraiment heureux et gais que j’eusse vus en Afrique. Finalement, pendant que nous avancions, ils se mirent à courir à côté de l’auto, souriant et riant et nous montrant avec quelle facilité ils couraient et puis, comme la route devenait meilleure, en remontant la pente lisse d’un cours d’eau, cela devint une compétition et l’un après l’autre ils abandonnèrent la course, agitant les bras et souriant quand ils nous quittaient jusqu’à ce qu’il n’en restât plus que deux qui courussent avec nous, les meilleurs coureurs de la bande qui suivaient facilement l’allure de l’auto en avançant avec leurs longues jambes, aisément, souplement et avec fierté. Ils couraient à l’allure d’un coureur de vitesse, portant aussi leur lance.
(…) Les voir courir et si fichtrement beaux et si heureux nous rendait tous heureux. Je n’avais jamais vu une amitié aussi spontannée et aussi désintéressée, ni des êtres d’aussi bel aspect.
‘Bons Masaïs, répéta M’Cola, hochant la tête avec insistance. Bons, bons Masaïs.’ Seul Talma paraissait ressentir des émotions différentes. Malgré ses vêtements kaki et sa lettre de B’wana Simba, je crois que ces Masaïs effrayaient quelque chose de très vieux en lui. Ils étaient nos amis, pas les siens. Pourtant, ils étaient certainement nos amis. Ils avaient cette attitude qui fait les frères, cette conviction inexprimée mais instantannée et totale que vous devez être masaï d’où que vous veniez. »

Jeunes Masaïs

« Quand les Masaïs nous virent, ils commencèrent à courir et nous nous arrêtâmes, entourés par eux, juste en bas de la palissade. C’étaient les jeunes guerriers qui avaient couru avec nous, et maintenant les femmes et les enfants sortaient tous pour nous voir. Les enfants étaient tous très jeunes et les hommes et les femmes paraissaient tous du même âge. (…) J’avais lu et entendu dire que les Masaïs ne vivaient que du sang de leur bétail mélangé avec du lait, qu’ils aspiraient le sang par une blessure faite dans la veine du cou en tirant une flèche de très près. (…) Finalement, il nous fallut partir (…) Les guerriers coururent avec nous pendant un bon moment, mais il nous fallait avancer, la route était bonne à travers la région pareille à un par cet, assez vite, nous fîmes des gestes d’adieu aux derniers d’entre eux debout bien droits et grands, dans leurs vêtements de peaux brunes, leurs nattes de cheveux pendantes, le visage teint d’un brun rouge, appuyés sur leur lance, nous regardant et souriant. »

Feu de camp

« Tous autour de moi ils parlaient et faisaient rôtir de la viande sur les bâtons. Ils commençait à faire froid et la nuit était claire et il y avait l’odeur de la viande qui grillait, l’odeur de la fumée du feu, l’odeur de mes bottes qui fumaient, et, quand il s’accroupissait tout près, l’odeur du bon vieux Wanderobo Masaï. Mais je pouvais me rappeler l’odeur du koudou lorsqu’il était étendu dans le bois.
Chacun des hommes avait sa viande ou sa collection de morceaux de viande sur des bâtons plantés autour du feu ; ils les retournaient et en prenaient soin et ils parlaient beaucoup. »

Collines africaines

« Enfin, la route commença de nouveau à s’élever progressivement dans les collines, des collines basses, bleues, boisées, avec, entre elles, des kilomètres de buissons épars, un peu plus épais que des arbustes fruitiers, et en avant de nous deux hautes, larges collines couvertes d’arbres, assez grandes pour être des montagnes. »