Le Forró
est la musique des campagnes du Nordeste profond où l'accordéon
et la « rebeca » rejoignent les percussions dans une danse
joyeuse. Il était mis à l'honneur lors des Festas Juninas.
La
radio et, dans une moindre mesure, la télévision ont diffusé
ce rythme purement local aux quatre coins du pays. Cette aventure du forró,
en fait, n'était point étrangère aux grands mouvements
migratoires. Les nordestinos qui fuyaient la seca malvada (la sécheresse
damnée) sur les paus-de-araras emportaient avec eux cette tradition.
Leurs chansons nostalgiques et drôles, évoquent l'univers
mythique du sertão. Pour le voyage, les Nordestinos emmènent
dans leurs bagages le chagrin du départ, le souvenir de souffrances
et le rêve de meilleures conditions de vie. Ils l'expriment dans
les lamentations de l'accordéon, de la viola, dans les plaintes
de leur chansons. C'est ainsi que le bal paysan ancré dans les activités
sociales de la vie de la campagne, le forro devint le divertissement des
couches populaires nordestines immigrées des villes de São
Paulo et Rio de Janeiro.
Les premières
casas de forro (maisons du forro) destinées aux bals apparurent
d'abord à Rio de Janeiro puis à São Paulo. Lieux de
divertissement du migrant nordestino dans les années 1970, elles
attiraient un public majoritairement composé d'ouvriers, d'employés
domestiques, de petits artisans... Aujourd'hui, le forro est devenu un
phénomène commercial et médiatique urbain. Il s'impose
comme une danse de couple trés à la mode auprès des
classes moyennes et aisées urbaines, éprises de nouveautés.
L'origine sémantique
du « Forró » est constesté. Pour certains, il
viendrait de l'anglais « for all », qui se serait transformé
avec l'accent de la classe très populaire et typique du Nordeste
brésilien ; à l'époque de la construction du chemin
de fer dans l'Etat du Pernambuco, les Anglais organisaient des bals populaires
pour les travailleurs. Pour d'autres racontent le mot « Forró
» viendrait « forrobodo » qui veut dire la fête,
la rencontre, l'agitation, le rassemblement, dans certaines langues africaines.
Sous ce nom générique, coexistent d'autres styles tels le
baião, le xote et le forró proprement dit.
Dans
les années 1940, un jeune accordéoniste virtuose, Luis Gonzaga,
mieux connu sous le surnom de « O Rei do Baião » (Le
Roi du Baião), commença à se faire entendre dans le
cadre d'une émission radiophonique. Il était accompagné
de l'orchestre de la radio qui utilisait une instrumentation propre au
style "chorinho": la guitare, le cavaquinho et quelques instruments à
percussion, dont le triangle qui fut ajouté plus tard avec des motifs
polyrythmiques rapides.
En jouant cette
musique provenant du Nordeste du Brésil à Rio de Janeiro,
Gonzaga capta l'attention du public brésilien. Sa chanson «
Baião » connut un grand succès suite à son lancement
en 1946 ; lorsqu'elle passait à la radio, les gens se mettaient
à danser et à chanter. C'est pour cette raison qu'on attribue
à Luis Ganzaga la paternité du baião moderne. Des
artistes tels que le Trio Nordestino et Jackson do Pandeiro entre autres
jouèrent aussi un rôle important dans la popularisation du
baião.
Aujourd'hui,
le baião, ainsi que toute la famille des rythmes appartenant au
forró, revient à la mode et peut à nouveau être
entendu à la radio. De jeunes artistes l'ont adopté, en y
incorporant d'autres instruments non traditionnels comme la batterie, la
basse et la guitare. Le plus connu de ses groupes est le groupe Falamansa
qui règne en maître sur le pays du forró avec ses 1,5
million de disques vendus.